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Mémoire de la citadelle
Une grande partie de mon travail de peintre gravite autour de l’écriture. 
Il était fatal que je sois fascinée par les inscriptions laissées au fil du temps sur le sol, les murs, les bats-flancs de la prison militaire de la citadelle et que j’aie envie de me les approprier pour tenter de les faire revivre. Ces inscriptions sont constituées presque uniquement de noms et de dates, quelquefois d’indications du grade militaire, parfois il s’agit d’un dessin et plus rarement d’un message complet, d’un prénom de femme. La difficulté de la gravure dans le bois ou le bitume limite la longueur du message et on imagine, dans cet enfermement, la force nécessaire pour exprimer une envie d’exister, la volonté de témoigner du temps plus ou moins long passé dans la solitude. Comme si la trace laissée dans la cellule prenait la place de l’être et continuait à prouver son existence.

Le message le plus personnel, le plus émouvant n’est-il pas simplement l’écriture de son propre nom et des dates de sa vie.
Entre le moment où l’inscription a été gravée et le moment où nous la remarquons – où je la relève par estampage – le temps s’abolit et ces hommes qui ont voulu laisser une trace de leur passage creusent une empreinte dans notre mémoire et continuent à vivre au-delà du temps.


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Les traces laissées par les réfugiés espagnols qui ont séjourné dans la citadelle n’ont pas pu être conservées sur la surface tendre du plâtre. Le médium de la photographie les a sauvées de l’oubli,  on retrouve des noms, des dates mais aussi le comptage du temps qu’il faut bien occuper pour tenter de survivre. Ces signes dont les réfugiés n’ont pas pu assurer la pérennité, je les ai gravés sur des plaques de métal en m’efforçant de restituer fidèlement leur forme afin de redonner à voir (et peut-être à entendre) la force de leur désespoir.

                                                            
                              


De toute façon,
Il faut inscrire.

Il faut noter, graver,
insérer ce qu'on grave.

S'insinuer
Avec lui dans la succession
Des temps, des actes, des combats…

…Comme ce qu’on écrit sur la paroi

S’approfondit, prend du sens, éclaire !

Comme cela donne des forces !

Comme ce qui est inscrit

Devient plus vrai,  plus potentiel,
Du fait que c'est inscrit !

Comme les lieux communs
Sont pleins de secret,  de ressource

Pour qui sait lire
Les graffiti de la paroi.

"Paroi " Eugène Guillevic - Poésie Gallimard


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